Quand la tradition perdure… grâce au tourisme !

J’avais envie de vous partager une belle histoire…

Depuis trois ans, j’avais récupéré un fond de pirogue que j’avais mis en décoration près des greniers à mil. J’aimais ce bois sculpter, cette esquisse de pirogue porteuse d’histoire abandonnée sur le sable. Elle faisait partie du paysage, bon sujet pour les photographes amateurs, objet usuel ancien, relégué, abandonné par les hommes…

Et puis un jour, Ousman est arrivé, il nous a parlé de son père, de ses longues nuits de pêches dans les belons sous la protection de Balfagny sur une petite pirogue à voile. Il voulait restaurer notre fond de pirogue pour faire revivre la tradition. Nous l’écoutions un peu sceptique, avec nonchalance… nous laissions le temps agir, patiner et user son idée, comme l’eau et le sel avait usé le bois de ce fond de pirogue… Mais le temps n’a pas de prise sur l’histoire et Ousman est revenu. Nous avons fini par laisser faire, un peu de khaliss et beaucoup de volonté ont fait le reste… et un matin, j’ai trouvé un vieux avec quelques morceaux de bois et du savoir faire pataugeant dans la lagune, il a réparé notre pirogue oubliée…

Deux semaines plus tard, une petite voile blanche se dessinait à l’horizon sur la lagune, un peu comme un pélican dans la lumière du soir, mais elle avançait vers nous !

Ousman faisait revivre les souvenirs de son père. Il est arrivé tout ému, comme le petit enfant qu’il était alors quand il accompagnait son père à la pêche et qu’il écoutait avec émerveillement les histoires de son papa.

Il avait vécu un des plus beaux jours de sa vie, dans la semaine, tous les vieux du village étaient venus voir… La pirogue, la fabrication de la voile, chacun y allait de son commentaire, le temps faisait un bond en arrière, les souvenirs se bousculaient sous l’arbre à palabre. Les mains retrouvaient les gestes anciens et la vie revenait habiter le bois oublié. La maman de Ousman, n’avait rien oublié, elle aussi… elle a pleuré, mais elle a aussi retrouvé les paroles et les rituels de protection pour cette nouvelle embarcation. Pas question de partir sans avoir honoré tous les esprits, sans avoir prévu tous les grigris protecteurs pour la pirogue mais aussi pour son fils… Le temps ,n’a pas d’importance… Seul compte la tradition qui revit dans l’instant.

Les souvenirs aussi reprenaient vie, les histoires racontées par le père, comme ce songe, ou Balfagny inspirait en rêve son père pour le choix d’un cheval à acheter, pas n’importe lequel, celui qui avait trois pattes blanches et une étoile sur le front. Le passage de la mer à la terre ne devait pas se faire dans n’importe quelles conditions, la protection du génie familier des nuits de pêche était nécessaire…

Et nous les toubabs, nous écoutions, touché par la beauté des images et des mots… La pirogue d’Ousman désormais ne pêchera plus de poisson, le temps d’une balade, elle transportera dans le temps, des touristes… Certains seront sensibles à la magie du moment, d’autres auront consommé une excursion un peu originale… qu’importe, pour moi, il restera l‘émotion d’Ousman et l’image de cette voile sur la lagune, un peu comme une petite flamme fragile bousculé par le vent qui éclaire la nuit. Un lien entre hier et aujourd’hui !

Sylvie